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BIEN CHOISIR SON FILAMENT

Du PLA du premier jour aux composites — sans se noyer dans trente fiches

Les catalogues ont l’air d’un rayon de supermarché un samedi. La bonne nouvelle : le choix tient en trois questions, pas en trente datasheets.

Cette page pose les trois seules vraies questions fondamentales, puis détaille chaque famille : ce qu’elle sait faire, ce qu’elle demande à la machine, et le piège qui vient avec.

L’arbre de décision

Trois questions avant de regarder les bobines

La bonne matière, c’est celle que la pièce exige. Ensuite seulement on vérifie que la machine suit. 
L’inverse se termine par des étagères de bobines et des pièces qui fondent sur le tableau de bord.

Où vivra la pièce ?

- Intérieur, loin de la chaleur → le PLA suffit souvent

- Dehors, au soleil → ASA (PETG si l’usage reste modéré)

- Près d’un moteur, dans une voiture en été → au minimum PETG, plutôt ABS/ASA, parfois nylon

Le critère caché : la température. Le PLA ramollit vers 55–60 °C. Un tableau de bord en août dépasse ça sans problème et sans demander la permission.

La pièce doit-elle encaisser ?

- Rien de spécial (déco, rangement, proto) → PLA

- Chocs, un peu de flexion → PETG, encore mieux, du PCTG ou ABS

- Usure, frottement (engrenage, palier) → nylon

- Se déformer et revenir (joint, coque) → TPU

Que sait faire votre machine ?

- elle est ouverte, munie d'une buse laiton → PLA, PETG, TPU : déjà tout un monde merveilleux vous attend

- Caisson fermé → + ABS, ASA

- Buse acier trempé → + composites fibrés

- Buse haute température + chambre chaude → l’ingénierie



Règle n°1 : On choisit pour la pièce. On vérifie la machine dont on a besoin après. Jamais l’inverse.


Palier 1 — Trois filaments qui couvrent l’essentiel


PLA : celui par qui on commence (et auquel on revient)

En bref 
Facile, précis, peu d’odeur, le plus abordable. Rigide, un peu cassant, ramollit vers 55–60 °C. Déco, proto, intérieur, apprentissage : c’est chez lui.

Ce qu’il exige
Buse 190–230 °C, plateau tiède, pas de caisson. Presque n’importe quelle machine.

Le piège
Croire qu’il se moque de l’humidité. Même le PLA imprime mieux sec. Une bobine oubliée dans le garage crachote.

Variantes, une ligne chacune :

- PLA+ / Pro — moins cassant. Bon défaut.

- Silk — brillant, couches plus faibles. Jamais du fonctionnel.

- Matte — gomme les lignes. Photogénique.

- Bois — vraies fibres. Buse ≥ 0,5 mm, pièce plus fragile.

- Phosphorescent — abrasif. Laiton usé, acier prévu.

- Haute vitesse (HF) — formulé pour les machines rapides. Devenu courant depuis 2024.


PETG : le premier pas vers le fonctionnel

En bref 
Plus tenace que le PLA. Tient l’eau, tenue extérieure modérée, résistant à environ 75–80 °C. Fixations, boîtiers, supports : c'est son terrain de prédilection

Ce qu’il exige 
Buse 220–260 °C, plateau 60–90 °C, pas de caisson. Accessible sur la plupart des machines récentes.

Le piège 
Il colle trop aux PEI lisses au point d’arracher le revêtement. 
Donc plaque texturée, ou un voile de colle bâton comme séparateur sont de mise. Humide, il file. Comme pour tous les filaments : Sécher avant impression

Variante PCTG : Même famille, même facilité, nettement plus costaud aux chocs et à la chimie. Encore peu demandé. Souvent le meilleur des deux quand on le trouve.


TPU : celui qui plie

En bref 
Joints, roues, coques, amortisseurs. La dureté se lit en Shore. 95A est le bon point d’entrée. En dessous (90A, 85A), plus mou, plus capricieux.

Ce qu’il exige
Direct drive quasi indispensable sous 95A, allure réduite, séchage sérieux requis. Humide, il mousse et file, une horreur. Ne négligez pas le séchage, non vraiment pas.

Le piège
L’imprimer vite. Le TPU s'imprime lentement, vers 25–40 mm/s. Forcer, c’est du fil flambé dans l’extrudeur.



Palier 2 — Quand la pièce sort de la maison : ABS et ASA

Le duo du caisson. Tous deux tiennent vers 95–100 °C, encaissent, se poncent, se lissent. La différence tient en un mot : le soleil. L’ABS jaunit et devient cassant aux UV. L’ASA est né pour ça. 
Règle simple en 2026 : dehors, ASA. L’ABS reste à l’abri — pour pièces mécaniques, capots, tout ce qui chauffe sans bronzer.

Ce qu’ils exigent 
Buse 230–270 °C, plateau 90–110 °C, caisson fermé. Sans lui, les angles se lèvent et les couches se fendent. Ventiler aussi (filtre HEPA encore mieux) : on ne veut pas respirer ça des heures.

Le piège
Tenter l’ABS sur machine ouverte « pour voir ». 
"Il y en a qui ont essayé, mais ils ont eu des problèmes" pour ceux qui ont la réf.

Supports solubles 
HIPS + limonène pour l’ABS. PVA / BVOH à l’eau pour PLA et PETG — si gourmands en humidité qu’ils vivent en boîte scellée, toujours. Comme d'hab, ne pas hésiter à sécher.


Palier 3 — Nylon, polycarbonate, composites : le matériel suit-il ?
Nylon (PA) : le roi de l’usure

Engrenages, paliers, charnières, clips qui travaillent. Le nylon encaisse le frottement comme peu d’autres. PA6 plus rigide. PA12 plus stable, moins assoiffé — souvent le compromis d’atelier.

Exigence absolue : le sec 

Une bobine à l’air libre se gâte en une journée. Séchage avant usage, impression depuis une boîte sèche. Non négociable. C’est la cause de la plupart des échecs nylon. 

Je repète, au cas où cela ne serait pas claire : SECHER VOTRE FILAMENT ! Et juste avant d'imprimer, pas une semaine avant...

Polycarbonate (PC) : la tenue à chaud

Tenue thermique vers 110–130 °C, très rigide. Buse 260–310 °C, plateau très chaud, caisson fermé plus que recommandé. Les PC-blends donnent l’essentiel avec moins de warp. Commencer par eux.


Composites carbone et verre

Un PETG-CF ou un PA-CF : rigidité, stabilité, fini mat. Deux vérités avant d’acheter :

1. La fibre mange les buses. Acier trempé obligatoire. Le laiton meurt au bout d'a peine quelques centaines de grammes.

2. La fibre renforce dans le plan des couches. Entre les couches, ça peut même être plus fragile. Ce n’est pas un super-héros. C’est plus rigide, pas plus incassable...

La fibre de verre monte : un peu moins raide que le carbone, moins abrasive, souvent plus raisonnable.



Palier 4 — PPS, PEEK, ULTEM : là où s’arrête le garage

Sommet de l’échelle : tenue 200–260 °C, chimie costaude, parfois du feu certifié. Le vrai ticket d’entrée n’est pas la bobine. C’est la machine : buse 310–400 °C, **chambre chauffée**, séchage industriel. On parle d’équipements à cinq chiffres.

Conseil
Si le projet exige un PEEK ou un ULTEM, il n’exige probablement pas que vous achetiez la machine. C’est exactement le genre de pièce qu’on fait produire. 

Cette frontière descend. PPS-CF, PPA-CF : impensables sur du bureau il y a trois ans, visibles sur du matériel d’atelier aujourd’hui. On mettra la page à jour.


LE tableau à garder sous le coude

Filament

Facilité

Tenue chaleur

Chocs

Extérieur / UV

Caisson

Buse acier

PLA

Très facile

~55–60 °C

Moyen

Non

Non

Non

PETG

Facile

~75–80 °C

Bon

Correct

Non

Non

PCTG

Facile

~78 °C

Très bon

Correct

Non

Non

TPU 95A

Moyen

~80 °C

Excellent

Correct

Non

Non

ABS

Moyen

~98 °C

Très bon

Non

Oui

Non

ASA

Moyen

~95 °C

Très bon

Excellent

Oui

Non

PA12 (nylon)

Moyen

~110 °C

Excellent

Correct

Conseillé

Non

PC-blend

Moyen

~110–130 °C

Très bon

Correct

Conseillé

Non

PETG-CF / PA-CF

Moyen

selon base

Bon

Correct

selon base

Oui

PPS / PEEK / ULTEM

Exigeant

200–260 °C

Très bon

Très bon

Chambre chaude

Oui

Ordres de grandeur. Ça bouge d’un fabricant à l’autre. En cas de doute, la fiche technique gagne toujours.


L’ennemi commun : l’eau

Une bonne part des « mauvais réglages » sont de l’eau. Un filament humide crachote, file, mousse, sort des pièces poreuses. En bref ca fait foiré vos impressions, ne surtout pas sous estimer ce paramètre.

Trois gestes :

1. Stocker scellé, avec dessicant — surtout nylon, TPU, PVA, composites.

2. Sécher avant les impressions qui comptent (60–80 °C selon la matière, plusieurs heures).

3. Au premier crachotement, penser eau avant de toucher à la rétraction.

Geste zéro, celui qui coupe aussi le déchet : Préférer le refill


Ce qui bouge en ce moment

- Les systèmes multi-bobines avec séchage intégré se généralisent — sans standard commun pour l’instant.

- Les formules « haute vitesse » deviennent le défaut, tirées par les machines rapides.

- La fibre de verre s’impose comme alternative raisonnable au carbone.

- Le recyclé (rPLA, rPETG) se rapproche du vierge. Les machines à faire son fil arrivent chez les particuliers — lire avant d’acheter et la page recyclage.

- La haute température descend en gamme.


*Dernière mise à jour : août 2026.* 

La question stupide est celle que l'on ne pose pas

La plupart du temps, oui mais ce n'est pas garanti. lancer un petit test avant de faire une grande et longue impression 

PLA pour l’esthétique et l’apprentissage. PETG dès que la pièce sert — contrainte, eau, chaleur modérée, extérieur. Si vous hésitez, c’est qu’elle sert : PETG.

Neuf fois sur dix, le fil est humide. Séchez avant de toucher à la rétraction. PETG, TPU et nylon en tête. On appelle cela le "stringing" dans la jargon du milieu

Non. il est plus rigide, plus stable dans le plan des couches. Entre les couches, parfois plus fragile. Pour de l’encaissant : nylon, PCTG ou TPU dur, selon le cas.

Non. La brillance se paie en adhérence entre couches. Déco seulement.

Petites pièces, à la rigueur, mais vraiment petite par contre pièce ventilée sauf si vous voulez vous trimbaler un masque FFP2 sur le nez toute la journée. Dès que ça dépasse quelques centimètres : caisson. L’ASA, même exigence.

Scellée avec dessiccant : des années. À l’air : quelques semaines pour les matières tolérantes, environ 24 h pour le nylon. Le stockage, c’est la moitié de la qualité. On s'entend bien que ca ne périme pas, mais nécessitera un bon séchage avant impression. 

Une formule qui fond plus vite, pour les machines rapides. Sur une machine lente, ça s’imprime aussi. L’inverse, non.

Le plus court chemin : toucher les échantillons

Trente fiches ne valent pas dix minutes avec les pièces en main. 
Au showroom, vous comparez rigidité, peau, poids — et vous repartez avec le bon, pas avec le plus vendu.

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